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BILLET DE CHLORATE DU MOIS DE FEVRIER 2005
L'infection par la coquille

Pour mon retour après huit mois d’absence, je crois qu’il n’y a rien de plus important que de vous parler des œufs de la poule. Ne lavez jamais leurs coquilles avant de les mettre au réfrigérateur. Il risqueraient de s’infecter, et vous avec quand vous les mangerez. On appelle ça « l’infection par la coquille ». Cela me rappelle les recommandations des dermatologues à ceux qui ont une peau fragile. Ils leur recommandent de ne pas trop se laver et d’abandonner le savon. Voilà des gars qui demandent comment prendre soin de leur peau et on leur répond de ne plus en prendre soin. Et ça marche. Tous les enfants ont rêvé de ne plus aller au bain. Il faut avoir un problème de peau pour réaliser un rêve de gosse. A cinquante ans. La vie est formidable.

En tout cas, cela veut dire qu’il faut se méfier des solutions. Vous me direz que ce n’est pas vrai qu’il faille se méfier de toutes les solutions et, à mon avis, vous aurez tort. C’est vrai de toutes les solutions, parce que si vous cherchez une solution, c’est que vous avez un problème. Il y a donc de grandes chances pour que, si vous abandonnez la recherche de solutions, votre problème s’évanouisse. La solution est le problème du problème. On peut même avoir plusieurs problèmes pour un seul : ça prospère, les solutions et le mal de crâne, l’hypertension et les dermatoses.

Donc : supprimez la solution, vous supprimez le problème. Alors, relax, laissez venir les choses. Laissez venir la réalité mouvante et diverse à vous. Laissez-la évoluer jusqu’à ce qu’elle prenne une forme reconnaissable par votre esprit. Alors, vous allez vous retrouver en train d’y répondre intelligemment, allègrement, comme si vous aviez fait ça toute votre vie. Vous attendez juste cette forme reconnaissable. Elle arrive toujours. C’est votre seul travail. Si vous faites ça, vous ne risquerez plus jamais « l’infection par la coquille ». Vous serez de bonne humeur et terriblement efficace. Aussi, faites comme moi : abandonnez, rendez les armes, soyez lâches devant les problèmes, reculez devant les tentatives de solutions, niez-les, déniez-les en vous servant de toutes vos armes conscientes et surtout inconscientes, faites des lapsus, des actes manqués et surtout des amnésies. L’ennemi qui va vous bouffer est détruit par l’amnésie. L’amnésie est l’arme fatale anti-problèmes. Bien sûr, l’hypnose peut vous aider, comme elle m’aide. Ernest est un mille-pattes. Il a un vieux copain mille-pattes. Un jour qu’il se balade, Ernest rencontre son vieux copain, étalé sur le dos en train de suffoquer. Il surmonte le choc du spectacle terrifiant et lui demande :

  • « Mais qu’est-ce qui t’a mis dans cet état ? ».
L’autre de lui répondre :
  • « Je me suis posé une question. »
  • « Tu t’es posé une question et ça t’a mis dans cet état ?
  • « Oui, je me suis posé une question et j’y ai réfléchi.
  • « Tu t’es posé une question, tu y réfléchi, et ça t’a mis dans cet état ? Qu’est-ce que c’est que cette question ?
  • « Quelle patte je mets après l’autre quand je marche ? »
J’ai raconté cette histoire à un patient en lui disant que, puisqu’il connaissait le prénom du premier mille-pattes, Ernest, il pourrait en déduire celui de l’autre, qui était en train de suffoquer sur le dos. Il n’a jamais trouvé.
 
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