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BILLET DE CHLORATE DU MOIS DE FEVRIER 2002
L'échelle et la lombalgie

Oui, ça va, ça va, je descends . Par pitié, ne criez pas comme ça ! Je n’ai aucune envie de me casser la figure de cette échelle. J’adore les montées mais j’ai horreur des descentes. Pouvez-vous comprendre ça ? Si vous ne saisissez pas, interrogez votre inconscient.

Un jour, un homme m’a dit, lui, qu’il ne croyait pas à l’Inconscient. Il avait très mal au dos et les médecins ne trouvaient rien. Aussi, d’un air dégoûté et unanime, ils l’avaient envoyé en psychothérapie : « C’est dans votre tête, c’est votre Inconscient ! » lui avaient-ils dit. Et c’est sur moi que ça tombait. Que croyez-vous que je lui aie répondu ? Qu’il avait tort ? Non. Je lui ai répondu que moi non plus, je n’y croyais pas et qu’il fallait être bien benêt pour croire à une fable pareille.

Cet homme a eu, pour la première fois depuis le temps qu’il consultait, l’impression d’avoir affaire à quelqu’un d’intelligent . Cela m’a fait plaisir comme à lui. Et nous nous sommes merveilleusement entendus.

Tous les deux, nous étions d’accord pour affirmer que dans la vie, il faut savoir assumer ses responsabilités et ne pas s’en décharger lâchement sur un mythique Inconscient, notion tout juste bonne à faire de la littérature de gare. D’ailleurs, dans la vie, il en avait, des soucis, et lui au moins, il ne se dérobait pas : il allait bientôt être licencié, suite au regroupement de sa société avec une autre, sa femme avait une ménopause difficile, leur fille venait d’avorter contre son gré, leur fils touchait au cannabis et il arrivait à gérer tout ça en dépit de son mal au dos, lequel pourtant augmentait de jour en jour. Sale époque ! mais quel courage !

Comme, ce soir là, je rentrais tout juste de Paris, je lui ai parlé du TGV qui fait les huit cent cinquante kilomètres entre Toulon et Paris en quatre heures. Toute la journée en France, il y a plein de TGV qui roulent à deux cent soixante kilomètres à l’heure, plein de TGV avec plein de wagons tirés par autant de motrices. C’est la motrice qui fait tout, les voitures suivent. Elles sont bien accrochées, la motrice tire. Et quand on arrive en train à Paris, un peu avant Paris et par la vitre gauche, on voit des tas de TGV, tout plein de TGV arrêtés, et visiblement, on n’a plus besoin de décrocher les locomotives des wagons comme autrefois. Les trains ont décroché des lignes, la motrice accrochée : pour une nuit, ils sont sur une voie de garage et demain, ils reprendront la ligne. En attendant, ils sont sur une voie de garage et tout plein de petits bonshommes d’allure lilliputienne à côté d’eux les inspectent, les vérifient et les réparent toute la nuit. Et comme m’a dit un jour un contrôleur à la gare Saint-Charles de Marseille où les trains changent de sens, il faut surtout contrôler le freinage. Le freinage, c’est le plus important. Comme ça, dès le matin suivant, les TGV qui ont passé la nuit sur une voie de garage rouleront très vite en toute sécurité avec tous leurs wagons derrière à deux cent soixante kilomètres à l’heure.

J’ignorais alors si notre homme avait entendu toute l’histoire puisque ses paupières s’étaient fermées pendant que je lui racontais ça et que, quand il les a rouvertes, il se demandait ce qu’il avait bien pu faire de ses clefs de voiture. Il est revenu quatre ou cinq fois par la suite pour discuter encore un peu avec moi. Je lui étais très sympathique. Il dormait mieux, oubliait son dos et trouvait que sa femme avait un bien meilleur caractère.

Il est décidément inutile de croire à des fariboles comme celles de l’Inconscient. Ne soyons pas ridicules ! Allez, je remonte.
 
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